Absentéisme des Fonctionnaires au Cameroun : Faut-il Sanctionner ou Augmenter les Salaires ?

Face au fléau persistant de l'absentéisme dans la fonction publique, le gouvernement camerounais, sous l'impulsion du Premier ministre Joseph Dion Ngute, envisage des mesures sévères. L'opposition, cependant, argue que l'amélioration des salaires pourrait être une solution plus efficace.

4 Min Read

Avec 8 766 absences irrégulières signalées depuis le début de l’année, dont 7 133 sans justification, l’absentéisme des fonctionnaires camerounais est devenu un problème majeur. Ce phénomène contribue à ralentir les services publics et affecte les performances économiques du pays. Pour y remédier, le Premier ministre Joseph Dion Ngute a récemment déclaré que tout agent public absent de son poste pendant plus de trente jours sans justification serait révoqué.

Une Réaction Face à un Problème Enraciné

Cette décision fait suite à un conseil de cabinet tenu le 25 juillet, entièrement consacré à l’absentéisme. Le constat est clair : le travail sporadique des fonctionnaires est un obstacle au bon fonctionnement des services publics. Le gouvernement souhaite donc adopter une approche plus ferme pour éradiquer ce fléau. Toutefois, la question demeure : ces mesures disciplinaires suffiront-elles à résoudre un problème qui semble profondément enraciné dans le système ?

La Précarité Salariale en Cause ?

Pour l’opposition politique et de nombreux observateurs, le problème de l’absentéisme ne réside pas uniquement dans la paresse présumée des fonctionnaires. Ils soutiennent que ces derniers sont souvent contraints de chercher des revenus supplémentaires en raison de salaires jugés insuffisants. Les conditions de travail sont également pointées du doigt, exacerbant le découragement parmi les agents publics.

L’argument s’appuie sur un souvenir douloureux : en 1993, les salaires des fonctionnaires camerounais avaient été divisés par trois lors d’une période de crise économique. Depuis, les augmentations salariales ont été jugées modestes, loin de suivre le rythme de l’inflation et de la croissance économique. Ainsi, l’absentéisme serait davantage un symptôme de la précarité salariale qu’une simple question de discipline.

Un Problème Régional ?

Le Cameroun n’est pas seul à faire face à ce défi. Des pays voisins, comme le Mali, le Burkina Faso et le Gabon, ont également dû sévir contre l’absentéisme et la négligence des fonctionnaires. Au Mali, le ministre du Travail a comparé les défaillances des services publics à de l’école buissonnière. Au Gabon, des mesures de pointage strictes ont été envisagées pour éradiquer le problème.

Au Cameroun, l’arrivée de Joseph Dion Ngute à la primature avait permis de découvrir environ 10 000 agents publics fictifs, ce qui a permis au Trésor public d’économiser 30 milliards de F CFA. Cependant, malgré ces efforts, le problème persiste.

Sanction ou Réforme Salariée ?

La question qui divise aujourd’hui le gouvernement et l’opposition est simple : faut-il sanctionner les absences ou revoir les conditions salariales ? Le gouvernement semble pencher pour la première option, espérant que la menace de révocation dissuadera les fonctionnaires de s’absenter sans raison valable. L’opposition, en revanche, plaide pour une réforme salariale, estimant que des conditions de travail plus justes et plus motivantes pourraient avoir un impact plus durable sur l’absentéisme.

Alors que le Cameroun cherche des solutions pour améliorer l’efficacité de sa fonction publique, il reste à voir quelle approche – la sanction ou l’incitation – permettra d’enrayer ce fléau.

Partagez cet article
Leave a comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *