Au Cameroun, la Politique s’Invite aux Obsèques d’Issa Hayatou

Le 16 août à Garoua, les obsèques d’Issa Hayatou, ancien président de la Confédération africaine de football (CAF), ont réuni une impressionnante assemblée de personnalités sportives et politiques, révélant les tensions sous-jacentes du monde du football camerounais.

5 Min Read

L’ancien président de la Confédération africaine de football (CAF) Issa Hayatou est décédé le 8 août à Paris des suites d’une maladie. La première cérémonie funéraire a eu lieu au funérarium du Mont Valérien, à Nanterre, en France, le mercredi 14 août, où famille, amis et proches se sont réunis pour honorer sa mémoire. Le lendemain, jeudi 15 août, à 15 heures, la dépouille du « prince de Garoua » a quitté l’aéroport Charles-de-Gaulle pour son pays natal.

À son arrivée à l’aéroport international de Yaoundé jeudi 15 août à 21h30, la dépouille, conduite par Marie-Claire Hayatou et Abdoulaye Hayatou, la veuve et le fils du défunt, a été accueillie par d’autres membres de la famille, mais aussi, entre autres hauts commis de l’État, par Samuel Eto’o, président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), Roger Milla, ancienne gloire du football, ou Cabral Libii, président du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN). La procession s’est ensuite dirigée vers sa résidence au quartier du Lac, à Yaoundé, pour une veillée de prières. Le lendemain, vendredi 16 août, un vol spécial a transporté la dépouille, enveloppée d’un drapeau national, à l’aéroport international de Garoua. Narcisse Mouelle Kombi, le ministre des Sports et de l’Éducation physique, y représentait le chef de l’État, Paul Biya.

Patrice Motsepe, actuel président de la Confédération africaine de football (CAF), et son prédécesseur, Ahmad Ahmad, Constant Omari, ancien secrétaire général de la CAF, Gianni Infantino, président de la Fifa et Seidou Mbombo Njoya, ancien président de la Fecafoot, avaient eux aussi fait le déplacement, tout comme de nombreux présidents de fédérations, anciennes gloires du sport, présidents de clubs, hommes politiques et acteurs économiques. Bello Bouba Maïgari, président de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP), Issa Tchiroma Bakary, ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle (Minefop), Grégoire Owona, ministre du Travail et de la Sécurité sociale et le colonel Hamad Kalkaba Malboum, président du Comité national olympique et sportif du Cameroun (Cnosc), étaient présents, tout comme le lamido de Garoua, Ibrahim El Rachidine, entre autres.

Après la Doa musulmane, Issa Hayatou a eu droit à des honneurs militaires et a été élevé à titre posthume, à la dignité de grand officier de l’Ordre national de la valeur. Après la prière du vendredi à la grande mosquée de Poumpoumré, en présence du lamido de Touroua Alim Hayatou, le défunt a été inhumé en début d’après-midi au cimetière familial des Hayatou de Laïndé.

Gianni Infantino a, dans son discours, déclaré qu’Issa Hayatou « a su prendre le navire de la Fifa, qui était dans des eaux en tempête en 2015, et conduire la Fifa vers des eaux douces, des eaux calmes avant l’élection en 2016, quand j’ai été élu à la présidence de la Fifa ». Il était « un grand personnage, un grand monsieur, un grand ami », a-t-il poursuivi lors de la cérémonie.

Au cours des obsèques, une certaine tension était cependant perceptible. D’un côté, le clan dit « du Caire », composé de Samuel Eto’o, Constant Omari et Ahmad Ahmad, un trio qui avait contribué à faire chuter Issa Hayatou de son trône de la CAF en favorisant l’élection de son successeur malgache en mars 2017. De l’autre, les soutiens du Camerounais à l’époque, dont Seidou Mbombo Njoya. Dès l’arrivée de la dépouille à l’aéroport de Yaoundé, certains témoins ont rapporté que Samuel Eto’o avait souhaité s’intégrer à la délégation familiale, mais avait été prié de se mettre en retrait par le fils d’Issa Hayatou. Une version contestée par les proches du président de la Fecafoot. À Garoua, lors de la cérémonie, l’ancien goléador s’est toutefois fait discret et a cédé son siège au premier rang à Bello Bouba Maïgari.

L’ombre de Samuel Eto’o a d’ailleurs plané sur l’événement. Dans son discours d’hommage au président honoraire de la CAF, Patrice Motsepe a ainsi évoqué l’actuelle crise qui secoue la fédération et demandé à « [s]on frère Samuel Eto’o de travailler en synergie avec le gouvernement camerounais et précisément le ministère des Sports et de l’Éducation physique » de Narcisse Mouelle Kombi.

Partagez cet article