Expert en publicité, Michel SOH SIGNE décrypte l’affiche de campagne de Paul Biya et dénonce un naufrage stratégique.
Partout dans le monde, les campagnes présidentielles – surtout celles des présidents sortants – sont attendues et scrutées. Après 43 ans de pouvoir, celle de Paul Biya ne pouvait y échapper. Pourtant, l’affiche dévoilée sous le slogan « Grandeur et Espérance » n’est pas seulement un flop : elle constitue, selon Michel SOH SIGNE, « une insulte à toute l’industrie du marketing et de la communication au Cameroun ».
Quelles sont les bases stratégiques de cette campagne ? Quels électeurs a-t-on réellement ciblés ? Quelle étude sociologique de l’électorat a été réalisée ? A-t-on rappelé au Président-candidat que 70 % des Camerounais ont moins de 21 ans, et que leurs aspirations, leurs attentes et leur désintérêt croissant pour la politique méritaient d’être intégrés dans le message ? Rien de tout cela ne transparaît dans ce photomontage – abusivement présenté comme une affiche officielle.
Or, après 43 ans de pouvoir, promettre encore « l’espérance » sonne comme une offense au peuple. Parler de « grandeur » dans un pays plongé dans le déclin économique, social et politique relève de la provocation. Pourtant, face à ses 11 concurrents, le Président-candidat n’est pas dépourvu d’atouts. Son âge, par exemple, n’est pas seulement une faiblesse. La communication pouvait en faire une force : symbole d’expérience, de compétence et de légitimité. Pour conduire une transition, c’est même un atout décisif.
Certes, vendre un candidat usé par quatre décennies de pouvoir est un défi. Mais c’est justement dans ces faiblesses que la communication stratégique pouvait trouver des opportunités. Dans un monde incertain, Paul Biya incarne encore une certaine stabilité. Dans un pays fragmenté par les tensions communautaires, il demeure un trait d’union. Ayant façonné le système actuel, il est sans doute le seul à pouvoir organiser une transition apaisée. Autant d’arguments exploitables, gratuitement disponibles, mais délibérément ignorés.
Au lieu de sublimer ce récit, on livre au public une affiche vide, fade, indigne. Elle n’insulte pas seulement les professionnels de la publicité : elle ridiculise aussi le Président Biya lui-même, dont l’histoire se confond avec celle de la nation. En écartant les compétences locales pour confier ce travail à une « agence » hors sol et sans identité claire, les concepteurs n’ont pas seulement manqué une occasion. Ils ont manqué de respect à tout un pays.
Michel SOH SIGNE
DG de l’Agence MICFOE
