Un obstacle de taille pour l’opposant
À neuf mois de l’élection présidentielle camerounaise, une question brûle les lèvres : Maurice Kamto pourra-t-il réellement être candidat ? Bien que déjà investi par le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), l’opposant se heurte à un verrou juridique qui pourrait compromettre sa participation. La majorité présidentielle a réussi à imposer ce débat au centre de l’actualité, reléguant au second plan les interrogations sur une nouvelle candidature de Paul Biya. Kamto devra trouver une solution, et vite.
Un cadre légal qui sème le doute
En théorie, la loi électorale camerounaise offre trois voies pour être candidat : être investi par un parti représenté dans les institutions, obtenir 300 parrainages d’élus ou de chefs traditionnels, ou encore être porté par un parti sans élus sous réserve de remplir certaines conditions. Problème : le MRC a boycotté les élections locales de 2020, ce qui le prive officiellement de toute représentation institutionnelle.
Mais les partisans de Kamto avancent un contre-argument : depuis 2020, plusieurs élus municipaux ont quitté leurs partis d’origine pour rejoindre le MRC. Suffisant pour remplir les critères ? La réponse dépendra du Conseil électoral (Elecam), puis, en cas de contestation, du Conseil constitutionnel. Un risque non négligeable, tant ces instances sont régulièrement accusées de partialité.
Un enjeu juridique explosif
Les experts en droit constitutionnel sont divisés. Certains estiment qu’un élu démissionnaire conserve son statut et peut ainsi renforcer son nouveau parti. D’autres réfutent cette interprétation, rappelant qu’un élu ne peut pas changer de formation en cours de mandat et agir comme s’il avait été élu sous une nouvelle bannière.
Une certitude demeure : le MRC n’aura pas la tâche facile. Même si Kamto décidait de se présenter en indépendant, le chemin serait semé d’embûches. Depuis l’instauration du code électoral en 2012, aucun candidat indépendant n’a jamais réussi à obtenir les 300 parrainages requis, un verrou politique que l’opposition dénonce depuis des années.
L’option d’un parti allié ?
Une alternative pourrait être d’être investi par une autre formation politique ayant déjà des élus. C’est la stratégie qu’avaient adoptée Cabral Libii et Akere Muna en 2018. Maurice Kamto pourrait-il faire de même en s’appuyant sur le Front pour le changement au Cameroun (FCC) de Jean-Michel Nintcheu ?
Les spéculations vont bon train, mais une telle décision nécessiterait une rupture officielle avec le MRC, car la loi interdit à un candidat d’être membre de deux partis à la fois. Cette hypothèse, bien que plausible, reste floue.
Une campagne déjà lancée
Maurice Kamto, lui, garde le silence. Son dernier discours du 31 décembre réaffirmait sa volonté de se présenter sous la bannière du MRC. Cependant, en interne, il aurait déjà obtenu le feu vert de son parti pour choisir la meilleure option en fonction des circonstances.
Dans l’ombre, le RDPC a réussi à déplacer le débat, détournant l’attention des critiques visant une potentielle nouvelle candidature de Paul Biya. Mais l’opposant ne compte pas se laisser évincer sans combattre : le 30 janvier, il a lancé une ambitieuse collecte de six milliards de francs CFA pour financer sa campagne. Un signal fort qui prouve qu’il se prépare, coûte que coûte, à la bataille électorale d’octobre 2025.
FOHOUE Michel pour Infos 237
