Colonisation et répression au Cameroun : un rapport accablant remis à Biya et Macron

Un rapport explosif sur la colonisation et la répression des indépendantistes camerounais a été remis à Paul Biya et Emmanuel Macron. Basé sur des archives déclassifiées et des témoignages, il met en lumière des décennies de violences et d’abus commis sous l’administration française.

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Points forts
  • Colonisation et répression au Cameroun : un rapport accablant remis à Biya et Macron

Une guerre occultée, des victimes oubliées

C’est un pan sombre de l’histoire franco-camerounaise qui refait surface. Commandé en 2022 par Emmanuel Macron, le rapport d’une commission mixte franco-camerounaise dresse un tableau accablant du rôle joué par la France dans la répression des mouvements indépendantistes. Ses 1 000 pages, fruit d’enquêtes et d’analyses d’archives déclassifiées, font état de « dizaines de milliers de victimes » dans le sud et l’ouest du pays entre 1956 et 1961. Une guerre, longtemps ignorée, qui a laissé des traces profondes.

Torture, exactions et guerre secrète

Le rapport révèle comment, face à la montée du nationalisme après la Seconde Guerre mondiale, l’administration française a déployé une répression systématique : surveillance policière, arrestations massives, torture et violences militaires. En 1955, la répression atteint un point culminant sous l’impulsion du haut-commissaire Roland Pré. L’Union des Populations du Cameroun (UPC), principale organisation indépendantiste, est interdite, ses dirigeants traqués.

Inspirée des conflits d’Indochine et d’Algérie, la « doctrine de guerre révolutionnaire » est appliquée avec une brutalité inouïe : ratissages massifs, exécutions sommaires, déplacements forcés de populations. Des « camps de regroupement » sont instaurés, abritant des centaines de milliers de civils. Selon les auteurs du rapport, si le terme « génocide » ne peut être juridiquement retenu, il est indéniable que ces violences ont transgressé les droits humains et les conventions de guerre.

Des assassinats politiques orchestrés

Les historiens se sont également penchés sur les assassinats de figures emblématiques de la lutte indépendantiste. Ruben Um Nyobé, leader de l’UPC, est abattu par l’armée française en 1958. Deux ans plus tard, en 1960, son successeur, Félix Moumié, est empoisonné à Genève, un acte que le rapport qualifie d' »assassinat politique impliquant la responsabilité du gouvernement français ».

Un indépendance sous tutelle

Loin de signifier une rupture avec la période coloniale, l’indépendance de 1960 s’accompagne d’une continuité de l’influence française. Avec le soutien de Paris, le président Ahmadou Ahidjo instaure un régime autoritaire, réprimant toute opposition. La France participe activement à la rédaction de la Constitution et signe des accords militaires garantissant sa présence au Cameroun.

Pire encore, les bombardements aériens dans l’ouest du pays, déjà pratiqués avant l’indépendance, se poursuivent après 1960, avec l’utilisation de cartouches incendiaires dévastatrices. Toutefois, le rapport écarte la présence de napalm, un point qui continue de susciter des débats.

Quelle suite pour ce rapport ?

Sa publication pose la question des conséquences diplomatiques et mémorielle. La reconnaissance de ces crimes ouvrira-t-elle la voie à des excuses officielles, voire à des indemnisations ? En France comme au Cameroun, les réactions restent prudentes. Reste à voir si ce document historique servira de base à une véritable réconciliation ou s’il restera un simple constat d’un passé longtemps occulté.

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