Cameroun : la communauté Moundang, otage des luttes de pouvoir ?

Les divisions au sein de l'influente communauté Moundang dans l'Extrême-Nord du Cameroun prennent une tournure politique, alors que les échéances électorales approchent. Entre querelles d'associations et jeux d'influence, la bataille fait rage.

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Points forts
  • Cameroun : la communauté Moundang, otage des luttes de pouvoir ?

Dans l’Extrême-Nord du Cameroun, loin des cercles du pouvoir de Yaoundé, une lutte d’influence oppose les élites de la communauté Moundang. Cette querelle, qui trouve son origine dans la gestion du patrimoine culturel, dépasse largement le cadre associatif et révèle un combat de positionnement politique en vue des prochaines élections.

Une cérémonie qui fait déborder le vase

Le 9 décembre dernier, la pose de la toiture du centre culturel Moundang à Kaélé, organisée par l’association Gbe-Zah, a mis le feu aux poudres. Présidée par le préfet du Mayo-Kani, Abdoul Aziz Kpoumie Njoya, la cérémonie a déclenché l’ire de Pierre Hélé, ministre de l’Environnement et figure majeure de la communauté. Dans une lettre incendiaire, il accuse le préfet d’avoir été « corrompu » et de s’être immiscé dans une affaire strictement privée.

Mais cette opposition cache une fracture plus profonde. Deux associations se disputent le leadership culturel des Moundang : Gbe-Zah, fondée en 1999 avec le soutien des chefs traditionnels, et la Renaissance culturelle Moundang (RCM), créée en 2008 et soutenue par Pierre Hélé. Chacune revendique la légitimité de représenter la communauté, rendant toute initiative hautement conflictuelle.

Quand la culture devient politique

Derrière ces querelles associatives se cache un enjeu politique majeur. Depuis 1979, Pierre Hélé s’est imposé comme l’intermédiaire privilégié entre le président Paul Biya et la communauté Moundang. Mais son influence est contestée par un autre acteur de poids : Anatole Maïna, président de Gbe-Zah, qui bénéficie du soutien du lamido de Boboyo et de plusieurs chefs traditionnels.

L’affrontement a pris un tour plus agressif en avril dernier, lorsque des jeunes, supposément envoyés par Gbe-Zah, ont perturbé un festival organisé par la RCM. Arrêtés, ils ont été relâchés sur ordre du préfet Kpoumie Njoya, ce qui n’a fait qu’alimenter la colère du ministre Hélé.

Un bras de fer aux conséquences électorales

L’enjeu va bien au-delà de la préservation du patrimoine culturel. Les deux camps cherchent à prouver qu’ils sont les mieux placés pour mobiliser la communauté Moundang en faveur du RDPC et du président Biya. Pierre Hélé accuse certains membres de Gbe-Zah d’afficher leur soutien au parti au pouvoir tout en votant pour l’opposition. De son côté, Anatole Maïna met en avant ses réalisations concrètes : écoles de formation, centre de microfinance, laboratoires médicaux… Autant de projets qui lui valent un soutien croissant.

Dans cette bataille pour l’hégémonie, la communauté Moundang semble devenir un enjeu stratégique pour les futures élections. Reste à savoir qui, de Pierre Hélé ou d’Anatole Maïna, réussira à convaincre que son camp est le plus fidèle à la ligne du pouvoir en place.

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