Issa Hayatou, le bâtisseur du football camerounais, tire sa révérence

Issa Hayatou, une figure emblématique du football africain et un pilier du sport camerounais, s'est éteint, laissant derrière lui un héritage incommensurable. De champion national sur piste à dirigeant sportif influent, son parcours a marqué des générations.

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Fils de Sultan, Issa Hayatou était prédestiné à occuper des fonctions élevées au sein de l’État, suivant ainsi les traces de ses frères. Cependant, c’est dans le sport qu’il a trouvé sa véritable vocation. Il a d’abord brillé sur les pistes, devenant champion du Cameroun sur 400 et 800 mètres, et représentant son pays lors des Jeux africains de Brazzaville en 1965. Passionné également par le basket-ball et le football, il a débuté sa carrière professionnelle en tant que professeur d’éducation physique et sportive, bien qu’il n’ait occupé ce poste que pendant 12 mois.

L’ascension de la fédération camerounaise de football

L’échec des Lions Indomptables lors de la CAN 1972 a marqué un coup d’arrêt dans la progression du football camerounais. Cependant, deux éléments ont permis au sport de reprendre sa croissance : l’établissement d’un championnat national régulier, intégrant toutes les régions du pays, et la nomination d’Issa Hayatou au poste de Secrétaire Général de la Fédération Camerounaise de Football (Fécafoot) en 1974.

Issu de la notabilité, Hayatou a rapidement transformé le football camerounais. Sous sa direction, les compétitions nationales se sont déroulées sans accroc, et la rigueur de sa gestion a permis à la Fédération de devenir un modèle en Afrique. Hayatou a su motiver les sportifs et garantir un soutien indéfectible aux clubs engagés dans les compétitions africaines, les propulsant au sommet du football continental. Le Canon de Yaoundé, l’Union de Douala, et le Tonnerre de Yaoundé ont ainsi dominé la scène africaine, remportant plusieurs titres prestigieux.

Un leadership contesté mais inébranlable

Malgré ces succès en club, l’équipe nationale n’a pas immédiatement connu la même réussite, en partie à cause de l’instabilité au niveau de l’encadrement technique. Toutefois, la qualification historique pour le Mundial 1982 sous la direction de Zutic Branko a marqué un tournant. Les performances des Lions Indomptables, notamment leur match nul contre l’Italie, future championne du monde, ont renforcé la confiance des Camerounais et cimenté une mentalité de gagnants.

Après un passage de deux ans comme directeur des sports au ministère de la Jeunesse et des Sports, Hayatou est devenu vice-président de la Fécafoot en 1984, puis président en 1986. Son influence s’est ensuite étendue au niveau continental lorsqu’il a été élu président de la Confédération Africaine de Football (CAF) en 1988. Pendant trente ans, il a dirigé la CAF avec une rigueur administrative exemplaire, posant les fondations solides du football africain.

Une fin de carrière marquée par les défis

En 2017, après trois décennies à la tête de la CAF, Hayatou a été évincé par une coalition dirigée par le Malgache Ahmad, avec le soutien de Samuel Eto’o Fils. Cet événement inattendu a marqué la fin de son règne sur le football africain. Cependant, sa contribution au sport ne s’est pas arrêtée là. En 2015, il a brièvement assumé la présidence de la FIFA après la démission de Sepp Blatter, guidant l’organisation à travers une période de turbulence.

De retour au Cameroun, Issa Hayatou a été nommé Président du Conseil d’Administration de l’Académie Nationale Camerounaise de Football (Anafoot) par le Président Paul Biya. Il a également joué un rôle clé dans le Comité Local d’Organisation de la CAN 2021.

Un départ symbolique

Issa Hayatou s’est éteint en pleine période des Jeux Olympiques, un événement symbolique pour cet ancien athlète et membre du Comité International Olympique (CIO). Son départ survient alors que le football camerounais et africain traverse de nouvelles crises, témoignant de la difficulté de maintenir l’héritage qu’il a laissé.

Repose en paix, Président Hayatou. Tu as marqué le football camerounais et africain de ton empreinte indélébile.

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