Le Cameroun a perdu l’un de ses grands serviteurs. Le Colonel Hamad Kalkaba Malboum, président du Comité National Olympique et Sportif du Cameroun, s’est éteint le mercredi 13 mai 2026 à Yaoundé. Son départ a provoqué une vive émotion dans le monde sportif, militaire et institutionnel, tant son nom était devenu indissociable de l’histoire du sport camerounais et africain.
Né le 11 novembre 1950 à Kawadji, localité située près de Kousséri, dans le département du Logone-et-Chari, Hamad Kalkaba Malboum était un enfant du Septentrion profond. Cette terre frontalière, rude et fière, a façonné chez lui le goût de l’effort, la résistance et le sens de l’honneur. De ses origines, il gardera toute sa vie cette image d’homme solide, discret, mais profondément attaché à la discipline et au devoir.
Avant les galons, avant les bureaux et les grandes tribunes internationales, il y eut d’abord la piste. Dans sa jeunesse, Hamad Kalkaba Malboum s’illustre comme athlète, notamment sur le 100 mètres, le 200 mètres et le saut en longueur. Ce passage par la compétition n’est pas un détail : il explique en partie sa compréhension du sport, non pas seulement comme spectacle, mais comme école de rigueur, de dépassement et de représentation nationale.
Mais l’homme ne se limitait pas au sport. Dans les années 1970, il s’intéresse aussi à la musique et enregistre des chansons. Certains récits rappellent même son lien avec l’univers afro-funk camerounais de cette époque. Cette facette moins connue révèle un homme plus complexe qu’on ne l’imaginait : militaire dans l’allure, dirigeant dans la méthode, mais aussi sensible à la culture et à la créativité.
Sa carrière militaire lui donne ensuite une stature particulière. Officier supérieur de l’armée camerounaise, il atteint le grade de colonel. Ce titre ne le quittera plus. Dans l’espace public, on l’appellera presque toujours “le Colonel Kalkaba”, comme si son identité entière se confondait avec cette autorité tranquille, cette posture de commandement et ce sens de l’organisation qui ont marqué son parcours.
C’est toutefois dans le sport que son empreinte devient historique. En 1998, il prend la tête du Comité National Olympique et Sportif du Cameroun. À ce poste, il devient l’un des principaux visages du mouvement olympique camerounais. Pendant près de trois décennies, il accompagne les fédérations, défend la place du Cameroun dans les instances internationales et participe à la structuration du sport national.
Son influence dépasse ensuite largement les frontières du pays. Président de la Confédération Africaine d’Athlétisme, il devient l’un des hommes forts du sport continental. Son nom circule dans les grandes réunions internationales, là où se prennent les décisions sur l’avenir de l’athlétisme, des compétitions et de la représentation africaine. Pour beaucoup, il était devenu une voix du continent, un défenseur de la place de l’Afrique dans le sport mondial.
En octobre 2024, malgré le poids des années, Hamad Kalkaba Malboum est encore porté à la tête de la nouvelle Confédération Africaine des Sports Olympiques, la CASOL. Cette élection à Yaoundé confirme l’influence intacte d’un homme qui, jusqu’à ses derniers mois, continuait de peser dans l’organisation du sport africain.
Pour le Logone-et-Chari, son parcours a une signification particulière. Hamad Kalkaba Malboum n’était pas seulement un haut responsable installé à Yaoundé. Il était l’un de ces fils du territoire qui prouvent qu’un enfant venu de Kawadji, près de Kousséri, peut atteindre les plus hautes sphères nationales et continentales. Son nom restera une fierté pour cette partie du Cameroun souvent éloignée des projecteurs, mais riche en talents, en courage et en ambitions.
Bien sûr, comme tout homme de pouvoir ayant traversé plusieurs décennies, son parcours n’a pas échappé aux critiques. Sa longévité à la tête de certaines institutions a parfois suscité des débats. Mais même ses détracteurs reconnaissaient son expérience, son réseau, sa connaissance des dossiers et son poids dans les arènes sportives africaines.
Le Colonel Hamad Kalkaba Malboum s’en est allé, mais son héritage demeure. Il laisse l’image d’un homme aux multiples vies : athlète, militaire, mélomane, dirigeant, stratège et bâtisseur. Il laisse surtout l’exemple d’un digne fils du Logone-et-Chari qui a porté le nom du Cameroun bien au-delà de ses frontières.
Dans la mémoire nationale, son nom restera associé à une idée forte : on peut naître loin des grandes capitales, grandir dans la discrétion, et finir par marquer l’histoire d’un continent.
