Présidentielle au Cameroun : Le Sud, un bastion inébranlable pour Paul Biya ?

Fief électoral historique de Paul Biya, la région du Sud lui a toujours accordé un soutien massif. Mais alors que les frustrations grandissent face aux promesses non tenues, la présidentielle à venir pourrait bien révéler des fissures dans cette loyauté sans faille.

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Points forts
  • Présidentielle au Cameroun : Le Sud, un bastion inébranlable pour Paul Biya ?

Un attachement historique

Le Sud camerounais a toujours été un bastion imprenable du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) et du président Paul Biya. Lors de la présidentielle de 2018, il y avait obtenu 92,91 % des suffrages exprimés, un score écrasant qui reflète l’attachement historique de cette région natale au chef de l’État, en poste depuis 1982.

Cet ancrage politique s’est construit sur une relation de proximité entre le pouvoir et la population, entretenue par des élites régionales influentes, des investissements stratégiques et une rhétorique mettant en avant la protection des intérêts locaux.

Mais en sept ans, des changements notables ont secoué cet électorat, amenant certains observateurs à s’interroger : le soutien inconditionnel du Sud à Paul Biya est-il toujours garanti ?

Les promesses non tenues, une frustration croissante

Un cadre du RDPC tempère immédiatement toute analyse hâtive : « L’électorat du Sud a évolué. Il faut considérer l’impact des promesses non réalisées avant de tirer des conclusions sur 2025. »

En effet, les grands projets de développement destinés à moderniser la région peinent à se matérialiser sur le terrain.

  • Le barrage de Memve’ele, censé fournir une alimentation électrique stable, ne couvre toujours pas les besoins de la population.
  • Le projet de route reliant Ebolowa à Kribi, essentiel pour désenclaver la région, est au point mort.
  • La première phase du port en eau profonde de Kribi est bien opérationnelle, mais son impact sur le développement local reste limité.

Ces retards et échecs nourrissent un mécontentement croissant, d’autant que le Sud reste l’une des régions les moins développées du pays, malgré la présence de plusieurs ministres influents originaires de la région.

Une contestation inédite

La frustration s’est traduite par un mouvement de protestation sans précédent en septembre 2021. Des habitants ont bloqué la route Ebolowa-Kribi, dénonçant les promesses non tenues du gouvernement. Ce geste a brisé un tabou : la loyauté absolue du Sud au régime.

Face à cette contestation, le RDPC a rapidement réagi. Sous l’impulsion de Jacques Fame Ndongo, ministre de l’Enseignement supérieur et figure clé du parti dans la région, une remobilisation politique a été initiée à travers les « rencontres fraternelles du Sud ».

Mais ces efforts suffiront-ils à calmer les tensions et à garantir un nouveau raz-de-marée électoral pour Paul Biya ?

Le poids des élites et la montée d’un nouveau pôle d’influence

Historiquement, la géopolitique du RDPC repose sur une stratégie bien rodée : mobiliser des élites ethno-régionales influentes pour asseoir l’hégémonie du parti au pouvoir.

Or, certains leaders locaux commencent à questionner leur propre bilan. En octobre 2024, lors des obsèques de victimes d’un accident de la route à Kombe, Mathurin Bindoua, député du Dja-et-Lobo, a pris la parole pour dénoncer l’absence de développement concret dans la région : « Nous avons tenu ces ministères pendant plusieurs décennies. Où est le bilan ? »

Parallèlement, un nouveau pôle de pouvoir prend de l’ampleur, porté par le secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, et la première dame, Chantal Biya. Ce tandem influent de la Haute-Sanaga pourrait-il venir bousculer les équilibres au sein du RDPC et rebattre les cartes du jeu politique ?

Un test décisif en 2025

Si le RDPC dispose encore d’une machine électorale puissante, il devra composer avec une électorat plus exigeant et moins docile qu’auparavant.

Paul Biya peut-il encore compter sur le vote massif du Sud pour assurer sa réélection, ou bien assiste-t-on aux premiers signes d’un basculement électoral ?

Le scrutin présidentiel à venir sera un test crucial pour mesurer l’évolution du paysage politique camerounais.

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