Un silence chargé de questions
À Yaoundé, les discussions sur l’après-Biya ne sont plus un murmure. Pourtant, elles restent discrètes, hors des téléphones et loin des écrits. La prudence est de mise, surtout dans les cercles du pouvoir où chaque mot peut coûter la liberté. L’état de santé du président, qui a marqué la fin de l’année 2024, est au cœur des préoccupations. Son long séjour en Suisse, après des visites officielles en France et en Chine, a suscité une vague d’interrogations. Les officiels eux-mêmes semblaient ignorants de la situation.
« Chacun demandait à l’autre s’il savait comment allait le patron », confie une source proche du palais d’Etoudi. L’incertitude a donné lieu à une question clé : que se passera-t-il si Paul Biya venait à disparaître avant la fin de son mandat ?
L’armée en alerte
Les forces militaires, en particulier les hautes sphères stratégiques, ont également anticipé l’hypothèse d’un empêchement du chef de l’État. Une question domine les échanges : comment garantir la stabilité du pays en cas de vide politique ?
Trois entités sont perçues comme essentielles dans cette équation : la Garde présidentielle, la Brigade du quartier général et surtout le Bataillon d’Intervention Rapide (BIR). Le colonel François Pelene, à la tête du BIR, détient un atout majeur : des hélicoptères d’attaque Mi-24, positionnés stratégiquement à Yaoundé. Leur simple présence donne au BIR une supériorité aérienne sur les autres unités militaires. Ce déséquilibre inquiète certains gradés qui redoutent une prise de pouvoir par un groupe plutôt qu’un consensus républicain.
Les enjeux du BIR
Le BIR, fort de 9 000 hommes, est une force militaire atypique. Équipé par Israël, bénéficiant d’un financement autonome et doté de moyens de renseignement avancés, il fonctionne en marge des circuits classiques de l’armée. Son influence dépasse largement le cadre militaire : il joue aussi un rôle dans le renseignement et la sécurité intérieure.
Le secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, est souvent cité comme l’homme clé dans cette dynamique. À ses côtés, Eran Moas, un homme d’affaires israélien discret mais influent, dont les relations avec Yaoundé intriguent depuis des années. Cette alliance soulève une crainte : l’après-Biya pourrait être marqué par une redistribution du pouvoir plus militaire que politique.
Les ambitions politiques en coulisses
Alors que les militaires s’interrogent sur la stabilité du pays, les élites politiques s’activent en coulisses. Le départ prolongé du président en Suisse a ouvert la porte aux manœuvres. Chacun cherche à placer ses pions, certains testant déjà la réceptivité des partenaires étrangers, notamment la France.
« C’est comme si le bal des ambitieux avait été ouvert », résume un proche d’Étoudi. Mais le Cameroun n’étant pas un État où la démocratie électorale prime, la succession ne se jouera probablement pas dans les urnes, mais dans des négociations entre clans d’influence.
Un avenir incertain
L’absence de mécanismes institutionnels solides pour gérer une transition présidentielle complique encore la donne. En théorie, le président du Sénat devrait assurer l’intérim en cas de vacance du pouvoir. Mais Marcel Niat Njifenji, occupant ce poste, est en plus mauvaise santé que Paul Biya lui-même.
Les prochaines semaines seront décisives. Entre incertitudes et ambitions, le Cameroun se prépare à une période charnière de son histoire, où chaque acteur cherche à sécuriser sa position dans l’après-Biya.
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